Après-midi consacré à une petite mise en jambe sur la plage publique du fameux site de Manuel Antonio dans le but d’attribuer les dossards. Trois aller-retour de 2 km chacun et nous avons pu remettre nos 22 dossards … la bonne humeur de tous était présente et il fut bon de constater une excellente entente sportive chez tout le monde … des esprits forts pour une course qui se voudra solidaire à tous les niveaux.
Mais, déjà les premiers affichaient la couleur, et ce que nous croyions être une aventure sous le signe de la découverte se révélait être une réelle compétition de haut niveau. Dominique obtint le dossard n°1, derrière les prétendants sont : l’espagnol, le canadien et le Costa Ricien.
Sur la plage a été remise une promesse de dons de matériel médical à Nely Quesada, responsable du dispensaire de Londres.
22 nov – Etape 1 = Quepos-campement dans la jungle – La Selvita.
Une superbe première étape sur 20 km, départ, le long de la côte pacifique, au milieu d’une palmeraie verdoyante pour entamer petit à petit la jungle tropicale … environ 15 km de plat avec des traversées de pont et quelques passages à gué puis une montée progressive qui amènera nos coureurs en pleine jungle. Dominique Bordet (FR), Salvador Calvo (ES), Martin Ladouceur (CA) chez les hommes et Danielle De Guire (CA), Pascale FOUQUES (FR) et Yvonne Radondy (FR) chez les femmes… se sont démarqués assez rapidement, mais certains ne sont pas loin … il n’y a qu’à voir les classements.
La principale difficulté de cette étape sera la chaleur et l’humidité qui règne sur cette partie du Costa Rica. Déjà, les organismes sont touchés et on ressent la fatigue chez les premiers qui ont puisé dans leurs réserves. Le bivouac réduit à sa plus simple expression, un abri ouvert aux 4 coins sur la jungle environnante est une récompense pour cette première journée de Trail, il faut vite se restaurer et se reposer avant la tombée de la nuit qui sera courte.
En effet, l’organisation a de nouveau dû modifier le parcours à cause de l’effondrement de la piste principale. La solution retenue est une étape de nuit afin de rendre plus difficile l’étape qui s’est vue amputée de 20 km.
23 nov – Etape 2 = La Selvita – Santa Maria de Dota = étape de nuit
Une étape de nuit pour nos coureurs qui, à 4h ce matin, sont partis pour une étape intense, à fort dénivelé positif 1300 m.
L’appréhension se lit sur les visages, le peloton est moins bruyant que la veille sur la ligne de départ. Il pleut, la nuit est noire et les bruits stressants de la jungle raisonnent dans l’immensité. Le départ est donné et les phares des voitures rassurent les premières foulées des trailers sur cette piste qui ne fera que monter jusqu’à l’arrivée.
Le lever de soleil a séduit tout le monde à travers la route d’El Pito, située en pleine forêt tropicale humide. La brume intense, qui ne quittera pas les coureurs, donne une ambiance irréelle à cette étape qui restera un souvenir mêlé d’appréhension, de peur, de stress et de découverte. Arrivée au campement de Santa Maria Dota vers 8h où les coureurs profiteront d’un repos bien mérité le reste de la matinée.
Après s’être jetés sur une énorme truite saumonée, l’après-midi est consacrée à la solidarité, un après-midi émouvant dans le petit village d’Esperanza où nous avons été accueillis chaleureusement par une grande partie de la communauté (250 habitants).
Les enfants ont dansé pour nos coureurs et nous leur avons remis notre promesse de don : du matériel médical pour le dispensaire d’el Enpalme dont dépendent les habitants d’Esperanza ainsi que du matériel scolaire à l’école … sans oublier bien sûr le très attendu fauteuil roulant remis à Yolanda qui a éclaté de joie, des vêtements et des aliments de base pour sa famille.
Le soir, certains rempliront leur carnet de bord, d’autres en profiteront pour laver leur linge avant de se mettre à table devant un cochon grillé.
Si les coureurs se sont couchés tôt pour affronter le lendemain une étape de jungle, l’organisation, elle, n’est pas toujours pas fixée sur le déroulement cette l’étape. Nous sommes alertés par la croix rouge, qui fait partie de notre organisation avec deux ambulances 4X4, 4 secouristes et un paramédical, que le pays est en alerte rouge suite aux intempéries sur le secteur de l’étape et sur toute la fin du parcours.
Une réunion de crise s’impose avec la direction de course et le responsable de la sécurité.
La tension est grande et les avis divergent, Hervé ayant la responsabilité de la sécurité et jouant son rôle de modérateur ne veut pas engager les coureurs de l’aventure dans le Tapanti (forêt d’altitude et pluvieuse du parc national) qui est une partie de l’étape en plein cœur de la jungle constituée d’une forêt primaire difficile de progression en raison du fort dénivelé descendant sur un terrain boueux et glissant, sans compter le risque d’éboulement et de chute d’arbres suite à une pluie incessante et à des vents violents.
Philippe, responsable d’un raid en altitude durant 7 ans et directeur de course aujourd’hui, veut engager les deux parcours « extrême » et « aventure » en prenant en compte l’expérience, les compétences, les capacités physiques et l’aptitude du groupe à progresser en milieu hostile, en sachant que ce sera la seule étape de ce style sur la Transtica 2008.
Après discussion plus que partagée, la décision est prise de n’engager que les extrêmes en laissant les aventures sur un parcours moins engagé.
Mais la nuit a été courte pour les défenseurs de la thèse d’une prise de risque pour les coureurs.
24 nov – Etape 3 = Santa Maria de Dota – El Humo = Etape de liaison
Après cette nuit difficile, le temps ne s’est pas amélioré et la pluie est encore au rendez-vous. Mais, on reste sur nos positions malgré la tempête qui sévit sur le Costa Rica ! Des routes coupées par les éboulements, des pluies ascendantes sur la côte atlantique qui envahissent l’intérieur des terres… mais nos coureurs s’accrochent et leur constante bonne humeur nous aide énormément, nous, organisateurs, à surmonter ces aléas !
Nous sommes sur le départ et la croix rouge nous informe qu’une rivière en crue a emporté un pont sur le trajet de l’étape qui, de fait, écourte la course de 20 km.
Catastrophe pour le parcours aventure qui devait démarrer de ce pont. L’organisation réagit : les courses Extrême et Aventure traverseront le Tapanti sur une étape de liaison non chronométrée de 3h en moyenne pour l’ensemble du groupe. Une traversée unique dans une ambiance irréelle où la pluie, la boue, les arbres arrachés ont conduit la progression avec une difficulté jamais égalée au dire de nos guides costariciens qui ont dû refaire des passages au coupe-coupe avant le passage des coureurs.
La route est modifiée pour des questions de sécurité mais nos coureurs ne seront pas en reste après la traversée du parc national du Tapanti pour finir parmi les champs de café… Dominique Bordet (FR) et Salvador Calvo Redondo (ES) se sont encore démarqués avec cette fois une bonne avance sur le reste du groupe.
25 nov – Etape 4 = El Humo – San Pablo
Journée encore intense en émotion… d’une part par les accueils plus que chaleureux des communautés de Pejibaje ce matin et de San Pablo ce soir, et d’autre part par un parcours d’étape improvisé à la dernière minute, dû à d’autres éboulements sur le parcours initial. Les 2 courses seront donc encore une fois regroupées car écourtées … mais cela n’a pas pour autant gâché la journée, bien au contraire, puisque tout le monde garde le moral et le sourire. Les coureurs se font plaisir et s’en mettent toujours autant plein les yeux.
Ah ! les fameux dénivelés du Costa Rica ! Encore une sacrée étape qui attend les coureurs avec l’ascension du « cerros » (mont au Costa Rica) Attiro, pour apprécier la vue en hauteur sur le lac de Turialba, jouir de ses fameuses rivières en les longeant, les courant, les toisant sur des ponts suspendus … et tout cela comme d’habitude, au milieu de décors splendides : « fincas » (grandes fermes) , champs de canne à sucre, paysages alpestres aux sommets et plus exotiques sous l’influence caribéenne en redescendant … se rapprochant toujours plus de l’arrivée finale.
Merci aux enfants des 2 écoles qui nous ont accueillis par leurs chants traditionnels et leurs discours de remerciements qui nous ont tous émus, ainsi que leurs dessins et petits cadeaux souvenirs… Différentes donations médicales et matériaux scolaires leurs seront remis dés réception du container. Toutes ces petites attentions nous font vite oublier les intempéries subies ces derniers jours.
26 nov – Etape 5 = San Pablo-Limon : étape improvisée à la dernière minute
Rien ne va plus sur le Costa Rica !
Des pluies torrentielles s’abattent sur le pays, le gouvernement a déclaré l'état d'urgence sur la région de Limon: des éboulements de toutes parts, les rivières sortent de leur lit et la mer envahi petit à petit la terre ferme... tout cela nous a encore contraint à modifier nos plans à la dernière minute et la journée de transition, descente en rafting sur le Río Pacuare, est annulée et devient la 5éme étape.
Une étape qui devait être une journée de repos … Une « petite » grasse matinée pour se délasser dans cette nature exubérante et exceptionnelle avant de partir, tranquillement, à bord de rafts sur la rivière Pacuare … classée parmi les meilleures rivières mondiales pour le rafting…en réalité, aujourd’hui une journée pas tranquille puisque l’agitation de ses rapides, classés niveau III et IV ne peuvent pas garantir la sécurité de la descente pour des néophytes, seul un spécialiste aficionados de sport extrême voulait descendre cette rivière démontée….Lui seul n’a pas réussi à nous influencer dans notre décision d’annuler le rafting.
Etape que nous avions reconnue la veille en prévision de l’annulation du rafting, un nouveau transfert en véhicule afin de contourner une autre route effondrée avec un transfert durant lequel nous avons « chargé » les coureurs à l’arrière d’un pick up sous une bâche qui les protégeait d’une pluie torrentielle, dépaysement oblige.
Le départ est donné dans une épicerie locale à l’angle d’une rue qui ressemble à un torrent. Sur les visages on sent la fatigue et la lassitude de voir le mauvais temps perdurer mais nos coureurs sont des coureurs de l’extrême qui ne reculeront pas devant les conditions climatiques et garderont le sourire malgré tout! Ils sont géniaux !!
En récompense, ils ont donc eu droit à une belle étape à profil descendant avec de nombreux passages de rivières déchainées et avec l’apparition de cascades d’un jour et parfois un torrent en lieu et place de la piste, direction la côte atlantique …sous la pluie, certes, mais très appréciée par les sprinters. Dominique Bordet (FR) est arrivé à l’aise suivi de Salvador (ES), Martin (CA) et Roiny (CR).
La plage de Bahia Estrella où devait se faire le campement étant complètement inondée, nous avons tous fini par dormir dans la salle-rancho d'un restaurant à Limon ... mais nous avons quand-même eu droit à la vue mer ... de beaux moments malgré tout !
27 nov – Bahia Estrella-Puerto viejo de Limon: 30 km de plage
Ce devait être un final de rêve !!
…Un parcours rectiligne longeant la mer des Caraïbes : un petit Rio à traverser, en bateau, au milieu des crocos et des requins, … encore des kilomètres de plages, puis un peu de rafraîchissement sur les 9 km de sentier de la forêt foisonnante du parc national de Cahuita longeant donc directement l’océan… où certains admirateurs ne manqueront pas de vous saluer (singes, paresseux, reptiles, ratons laveurs « mapache » etc.) … et encore la plage, immaculée, aux sables changeant de couleur presque instantanément noir, blanc, beige … à perte de vue sans voir âme qui vive... un vrai régal pour courir, des terrains évolutifs, un sol dur au départ puis meuble par la suite … et une arrivée dans la petite ville balnéaire de Puerto Viejo de Limon aux couleurs créoles, une facette de plus du Costa Rica.
Cette sensation du bout du monde pendant des kilomètres et des kilomètres … ne sera pas pour cette année, nous sommes déçus de ne pas pouvoir offrir ce final à nos coureurs qui le méritent mais c’est indépendant de notre volonté, la plage est engloutie par la mer qui arrive directement sur la forêt, une mer chargée d’alluvions qui descendent de la montagne et qui se répandent depuis les embouchures des rivières.
Un autre spectacle du bout du monde, tout aussi beau mais plus hostile et moins accueillant.
Nous décidons de visiter le parc national de Cahuita qui est fermé sur plus de la moitié de sa surface et partirons ensemble de notre hôtel pour faire un épilogue d’un kilomètre longeant la plage de Puerto Viejo de Limon afin de finir en cohésion main dans la main devant la télé nationale avec un final en apothéose où l’émotion d’une édition aboutie se fait ressentir sur les yeux rougis.
28 nov – Cérémonie de clôture ambassade de France San José
Nous nous retrouvons tous à l’hôtel confortablement installés au centre ville afin de faire les derniers achats de souvenirs.
L’ensemble des coureurs a rendez-vous à 18H00 pour partir en bus en direction de l’ambassade de France où l’ambassadeur offre une réception en l’honneur de la Transtica pour la cérémonie de clôture. Les classements sont promulgués et les récompenses sont distribuées. Les remerciements pleuvent et l’ambassadeur nous remercie d’avoir ramené sain et sauf nos trailers malgré les conditions climatiques difficiles. Place au repas bien mérité pour les coureurs, l’organisation, les journalistes, les personnalités et les partenaires.
La Transtica 2008 ne s’est jamais montrée conquérante dans un pays où les besoins sont grands en sachant rester humble devant les éléments. L’humilité, la sympathie et la solidarité de tous les athlètes ont permis à ce Trail aventure de s’élever au-delà de l’esprit purement sportif.
Nous vous donnons rendez-vous du 19 au 29 novembre 2009 pour la deuxième édition.
Attention édition limitée à 70 places… alors n’hésitez plus inscrivez-vous pour cette formidable aventure.
En Bref
Type : trail à étapes.
Date : 19 au 29 novembre 2009.
Date limite d’inscription 31 octobre.
Lieu : Costa Rica.
Région : traversée d’est en ouest, de l’océan pacifique à l’atlantique.
Distance : 150 km à 200 km.
Dénivelé positif : 700 à 1000 m par jour.
Tarif : 1190 euros.
En Chiffres
·1ère édition..
· 2 formats..
· 12 jours de voyage.
· 5 étapes.
· Un parcours Extrême de 30 à 40 km par jour avec un dénivelé positif de 1000 m.
· Un parcours Aventure de 20 à 30 km par jour avec un dénivelé positif de 700 m.
· 07 h 27 min 43 s temps du premier.
· 16 h 40 min 54 s temps du dernier.
· 23 trailers.
· 0 abandon.
· 22 bénévoles.
· 800 litres d’eau.
· 280 litres de boisson sucrée.
· 3 ravitaillements par étape.
· 1,5 l capacité obligatoire en eau
· 1 médecin.
· 4 sapeurs pompiers francais.
· 2 ambulances de la croix rouge Costaricienne.
· 2 kinés.
· 7 véhicules 4X4.
· 1 Pick Up logistique.
· Un bus, un minibus.
· 20 partenaires
· 5 pays (France, Espagne, Danemark, Québec, Costa Rica, Martinique).
· 600 kg de matériel pour mission humanitaire.
· 1190 euros : prix de l’inscription.hors vol
La TRANSTICA solidaire
Expédition d’un container de 600 kg soit 5 M3 de donation comprenant :
20 cartons de matériel scolaire (80 kits scolaires, fournitures scolaires pour instituteur, 3 ordinateurs et 1 imprimante)
27 cartons de matériel médical, chaises roulantes, live pack, et petit matériel médical à usage unique.
Pour une valeur totale d’environ 22 000 Euros
Vu de l’intérieur par un trailer : Didier Pommey
La Transtica a vécu !
Durant une semaine bien humide en raison d’une tempête tropicale qui a paralysé non seulement une grande partie du Costa Rica mais également d’autres pays d’Amérique Centrale comme le Nicaragua ou le Panama. Vingt-trois coureurs en provenance de France, d’Espagne, du Danemark, du Canada et de la Martinique se sont mesurés avec quelques Ticos aux profils très hétérogènes.
Cette première édition aura marqué les esprits, à la fois des organisateurs mais également des participants. Par son caractère humanitaire bien ancré, la Transtica se démarque de toutes les courses aventures inventées cette dernière décennie dans le paysage de la course à pied amateur.
Philippe Cordero et son équipe peuvent être fiers de leur première édition car même si le programme de course à pied réalisé est loin de ressembler à son penchant théorique, la réactivité de l’équipe d’organisation franco-Costa-ricienne est à plébisciter.
Chaque jour, un événement contradictoire est venu contrarier le programme imaginé par Cédric, Vincent, Bernard ou Hervé. Entre les nombreuses inondations, les routes coupées et les ponts emportés par les eaux, il aura fallu s’armer de patience et faire preuve d’humilité face à une nature peu conciliante.
Certes, même si nous n’avons couru que cent-dix kilomètres au lieu du double, peu importe ; tous les sourires d’enfants dans les écoles ou les communautés visitées ont largement suffi à nous donner le sourire le soir à la fin de l’étape. Et les nombreuses donations effectuées à Londres, Tinamú, San Pablo ou Esperanza qui seront complétées lorsque le container humanitaire bloqué au port de Limon se libérera de son sceau administratif seront une belle récompense pour CG Sport Event, Authentic Tour et El Nino, les trois structures porteuses de ce projet sportif et humanitaire.
La Transtica par les conditions de vie qu’elle proposait quotidiennement aux participants reste une aventure où la difficulté, la simplicité, l’humilité et l’entraide sont de circonstance.
Sur le plan sportif, il ne faudrait pas occulter la belle empoignade à laquelle se sont livrés les trois meilleurs coureurs de cette épreuve, le français Dominique Bordet, l’espagnol Salvador Calvado Redondo et le costa-ricien Roini Villegas Jimenez même si le premier nommé était un ton au-dessus de ses deux adversaires directs.
Placé sous l’autorité bienveillante de l’ambassade de France au Costa, la Transtica a reçu les encouragements flatteurs et sincères de Mr Fabrice Delloye, nouvellement nommé ambassadeur de France dans ce pays d’Amérique centrale reconnu pour être un des rares panthéons mondiaux du tourisme vert.
C’est un bien bel éloge pour cette première édition qui devrait logiquement trouver sa place dans le paysage des courses aventures internationales.
Didier POMMEY